Sénégal : un nouveau premier ministre avant le retour de Sonko à l’assemblée

Un nouveau visage à la tête du gouvernement

Le paysage politique sénégalais est en pleine reconfiguration. Un nouveau Premier ministre a été nommé, et dans les heures à venir, le nom du futur président de l’Assemblée nationale devrait être officialisé. Ces changements rebattent les cartes au sommet de l’État.

Le nouveau chef du gouvernement est Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, qui occupait précédemment le poste de ministre de l’Agenda national de Transformation Sénégal 2050. Il succède à Ousmane Sonko, le tribun, pour apporter un profil plus technique à la primature. Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo est décrit comme un expert des circuits financiers nationaux et internationaux, un profil jugé stratégique alors que le Sénégal fait face à une situation budgétaire délicate tout en nourrissant de grandes ambitions. Haut commis de l’État, ce spécialiste reconnu de la macroéconomie, de la régulation bancaire et de la finance islamique était déjà au cœur du pouvoir depuis l’alternance, participant activement à l’élaboration de la nouvelle gouvernance.

Ousmane Sonko, à Dakar, au Sénégal, le 2 avril 2024.

Ousmane Sonko en route vers la présidence de l’Assemblée ?

Cette nomination marque une offensive du président Bassirou Diomaye Faye. Une séance plénière décisive se tient ce mardi matin à l’Assemblée nationale. L’ordre du jour est double : la réintégration du député Ousmane Sonko et l’élection d’un nouveau président pour l’institution. Après son départ de la primature, la question de son avenir politique est sur toutes les lèvres. La présidence de l’Assemblée, le fameux « perchoir », semble être sa prochaine destination.

L’objectif du parti Pastef est clair : installer son leader historique à la tête du pouvoir législatif. Libéré de ses obligations gouvernementales, Ousmane Sonko bénéficierait d’une tribune stratégique pour influencer le budget, les commissions d’enquête et l’agenda des réformes. Le parti dispose d’un atout majeur avec une écrasante majorité de 130 sièges sur 165, obtenue lors des législatives de novembre 2024.

Cependant, une incertitude juridique demeure. La légalité de cette manœuvre est contestée par plusieurs juristes et personnalités politiques. Des anciens parlementaires comme Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil soulignent que la loi sénégalaise considère généralement le remplacement d’un député par son suppléant comme définitif pour la durée de la législature. La séance s’annonce donc tendue. Si la réintégration d’Ousmane Sonko est validée, le Sénégal pourrait entrer dans une cohabitation inédite, où le chef de l’État devrait composer avec une majorité parlementaire loyale à son principal concurrent politique.

L’élection de 2029 en ligne de mire

Dans ce climat, l’échéance présidentielle de 2029 est déjà au centre de toutes les préoccupations. Ousmane Sonko semble plus déterminé que jamais à conquérir la magistrature suprême. Sa majorité parlementaire a d’ailleurs déjà initié des réformes du code électoral, perçues par certains comme une tentative de lever les obstacles qui avaient invalidé sa candidature en 2024. La question est de savoir s’il attendra patiemment l’élection ou s’il tentera d’imposer un nouveau rapport de force institutionnel.

C’est là que réside le principal risque pour la stabilité du pays. Lorsque deux légitimités issues du même camp politique cessent de collaborer, le système peut basculer dans une confrontation permanente. Le Sénégal, longtemps considéré comme un modèle de démocratie stable dans une région agitée, pourrait connaître une période de fortes turbulences. La formation du nouveau gouvernement sera un premier test : sera-t-il composé de membres du Pastef ou de fidèles du président Faye ? L’hypothèse d’une dissolution de l’Assemblée nationale par le président n’est pas non plus à écarter, un pari risqué qui, en cas d’échec, ferait de Sonko l’homme fort incontesté de la politique sénégalaise.